The world
The world Un film de Jia Zhang Ke, 2004, 1h42 Avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue...
Bienvenue au parc « The World ». Ici en une journée, sans quitter la banlieue de Pékin, les visiteurs peuvent découvrir les monuments les plus célèbres du monde. Tao, une jeune danseuse, se produit tous les jours dans des spectacles devant les répliques du Taj Ma Hal, de la Tour Eiffel, de la place Saint Marc ou de Big Ben. Elle a quitté les provinces du Nord quelques années plus tôt, avec son petit ami Taisheng, qui travaille comme garde de sécurité du parc. A un moment crucial de leur relation, Taisheng est attiré par Qun, une jeune styliste…
Réalisateur chinois contestataire, Jia Zhang Ke est interdit de tournage dans son pays pendant cinq ans jusqu’en 2004. Il revient alors avec The World, son premier film à être autorisé par le gouvernement chinois. Platform et Xiao Wu, artisan Pickpocket, dépeignaient déjà la société chinoise sous un angle très critique, et The World continue sur cette lancée en présentant encore une fois une vision peu flatteuse de l’Empire du Milieu. Prix du Meilleur Scénario au Festival du Film Asiatique de Deauville 2005, sélectionné au Festival de Venise, ce long métrage décrit le quotidien difficile des employés d’un parc d’attraction. Le principe même du parc évoque la curiosité des Chinois vis-à-vis des autres cultures dans un contexte où la mondialisation change radicalement les modes de vie. Mais cet accès à l’étranger n’est peut-être qu’illusoire. Immigrés étrangers ou Chinois venus d’autres provinces pour accéder à une vie meilleure, les employés n’ont d’autre choix que d’accepter de vivre dans des conditions désastreuses. Jia Zhang Ke privilégie le réalisme à travers une esthétique brute, sans effet glamour. Le film bénéficie d’un scénario bien écrit, entremêlant habilement différentes histoires individuelles à travers lesquelles Jia Zhang Ke parvient à développer plusieurs thématiques : le fossé qui sépare l’image clinquante renvoyée par le parc et la réalité de la vie de ses occupants est une métaphore sur les écarts sociaux qui se creusent. Tandis que la Chine mène une course à la réussite économique, le peuple chinois a du mal à suivre la mondialisation. Face à cette impossibilité d’accéder aux richesses étalées sous leur nez, face à un quotidien qui tourne en rond, les employés n’ont qu’un seule moyen d’évasion : le virtuel. Ainsi, chaque message envoyé ou reçu par Tao sur son portable donne lieu à un petit dessin animé onirique comportant le message sous forme de texte, une référence directe à la culture SMS des jeunes d’aujourd’hui. Un film qui porte bien son titre, comme une métaphore du monde actuel. J.D.