L'interprète
L’interprète
Un film de Sydney Pollack, GB/USA, 2004, 2h
Avec Nicole Kidman, Sean Penn, Yvan Attal
Interprète à l'ONU, Silvia Broome surprend par hasard une conversation révélant un complot contre un chef d'État africain. Traquée par des tueurs, elle est placée sous la protection de l'agent fédéral Tobin Keller. Mais plus ce dernier découvre le passé de la jeune femme, plus il la pense elle-même impliquée dans la conspiration. Silvia est-elle une victime ou une suspecte?
Surtout connu pour ses drames (tendance romantiques), dont le plus réussi reste sans doute Out of Africa en 1985 (sept oscars), Sydney Pollack a depuis enchaînés grands succés et films en demi-teintes. Il revient ici au thriller qui fut avec Trente minutes de sursis ses premières armes au cinéma. Le film a été tourné en Afrique du Sud, mais également à l’intérieur même du Siège de l’ONU (de nuit et le week-end). Son accès n’avait été autorisé à aucune production cinématographique depuis sa construction à Manhattan en 1946, et même le grand Alfred Hitchcock avait essuyé un refus lors du tournage de La Mort aux Trousses. Kofi Annan en a émis le souhait, c’est L’interprète qui montrera au monde la volonté de transparence de l’Organisation. L’institution est à l’image du film, un système complexe et opaque qui s’ouvre vers la lumière : contraste étonnant entre les plateaux arides d’Afrique et les salons feutrés des Nations Unies, entre les ruelles sombres de Manhattan et les bureaux immenses des présidents. Pollack balance avec jubilation entre le thriller psychologique et le film politique, se préoccupant essentiellement de son tandem héros. Une constante qui semble se dessiner : depuis Sidney Poitier / Anne Bancroft dans Trente minutes de sursis, jusqu’à Harrison Ford / Kristin Scott Thomas dans L’Ombre d’un soupçon, le réalisateur a toujours su réunir sous l’œil de sa caméra des duos d’acteurs exceptionnels. Pour L’Interprète, il associe Nicole Kidman (l’interprète) à Sean Penn (l’agent des services secrets). Les deux acteurs démontrent ici leur talent et leur expérience du jeu dramatique. « L'histoire expose les conflits personnels entre Silvia et Tobin, deux personnes aux points de vue diamétralement opposés et qui semblent incapables de s'entendre. ». Et le film tourne autour de cet épatant duo qui porte en lui deux conceptions du monde différentes : la parole d’un côté, les armes de l’autre. Et on comprend soudain pourquoi les portes de l’ONU s’ouvrent aujourd’hui, à une époque où de grands dirigeants privilégient l’action à la discussion (suivez mon regard…). A voir.
J.D.