Torremolinos 73
Torremolinos 73
Un film de Pablo Berger, Espagne, 2003, 1h33
Avec Javier Camara, Candela Pena, Juan Diego…
Dans l'Espagne puritaine franquiste au début des années 70, Alfredo Lopez, vendeur à domicile d'encyclopédies, est marié à Carmen, désireuse d'avoir un enfant. L'entreprise, dans laquelle travaille ce dernier, est au bord du gouffre financier. Pour s'en sortir, elle va trouver une solution des plus singulières et des plus surprenantes : elle propose à ses employés de réaliser des films scientifiques en super 8, pour l'élaboration d'une soit disante "encyclopédie mondiale sur la reproduction", destinée aux pays scandinaves. Le couple va accepter cette proposition.
Etonnant, déjanté, subversif, voire excitant : que d’adjectifs pour qualifier le premier long-métrage de Pablo Berger, brillant court-métragiste aux multiples récompenses.
Comment en effet résumer cet ovni scénaristique, s
Torremolinos 73 : un lieu et une date qui parle à bon nombre d’espagnols, et un titre aux sens multiples. Explication du réalisateur : « En 1973, Torremolinos est le « Las Vegas » espagnol. Il n’existe pas d’autre ville en Espagne avec une personnalité et un imaginaire aussi « strass et paillettes ». Le fait de prononcer ces cinq syllabes : TO-RRE-MO-LI-NOS remplit la bouche de plaisir. » Voilà pour le lieu. Pour la date, 73 est une année de franquisme comme toutes les autres depuis la guerre civile. La dictature s’est à peine adoucie : « N’oublions pas qu’à cette époque, El Caudillo (le code) et la censure étaient en pleine activité répressive et que le maximum autorisé était les minijupes, les Suédoises en bikini, Alfrefo Landa en caleçon ou les blagues pédérastes. Tout un programme ! » À la suite de la mort de Franco en 1975 et jusqu’en 1983, les petits Espagnols se gavèrent de films « porno soft », de faux documentaires sur la reproduction ou des classiques du genre amputés. Au cours de cette période, Jess Franco ou Ignacio Iquinio accouchent de dizaines de films délirants aux titres évocateurs : Symphonie Erotique, Macumba sexuelle, Les violeurs de l’aube ou La chaude petite Juliette. Parmi ces innombrables films, alors classés « S », s’en détache un en particulier : Les aventures et les malheurs d’une veuve en chaleur (Las aventuras y desventuras de une viuda muy cachonda), plus connu à l’étranger sous le titre Torremolinos 73 d’Alfredo Lopez. Et voilà pour le double sens. Pour l’inspiration, on retrouvera donc tout l’esprit du genre, avec en vrac, des appels du pied à Jess Franco, Pedro Almodovar à ses débuts ou encore Alex de la Iglesia (auteur du récent Crime Farpait ) Mais on y retrouve surtout l’indéfinissable décalage de ton qui fait du cinéma ibérique l’un des plus surprenants du moment. J.D.