Yasmin
Yasmin
Un film de Kenneth Glenaan, GB/Allemagne, 2004, 1h27
Avec Archie Panjabi, Renu Setna, Steve Jackson…
Pakistanaise vivant dans le nord de l’Angleterre, Yasmin mène une double vie. Dans le cadre familial, elle porte le voile et par respect pour son père accepte un mariage blanc avec Faysal, un cousin berger. Au dehors, elle s’affirme en s’habillant et en se comportant comme n’importe quelle jeune femme occidentale. Au lendemain du 11 septembre, alors qu’elle est victime d’ostracisme sur son lieu de travail et que son mari se fait emprisonner, ses deux cultures deviennent incompatibles. Yasmin voit alors sa foi et sa relation aux autres profondément remises en question.
Comme l’a récemment prouvé le très beau Just a kiss de Ken Loach, le cinéma anglais marque un intérêt grandissant pour le thème de l’immigration et pour sa communauté pakistanaise en particulier. Avec Yasmin, c’est au tour du réalisateur écossais Kenneth Glenaan de poser sa caméra sur les « Pakis » du nord de l’Angleterre et de faire le portrait d’une jeune femme moderne (jouée par la talentueuse Archie Panjabi, déjà vue dans les réjouissants Fish and Chips et Joue-là comme Beckham), rattrapée par sa culture d’origine. Yasmin est belle, brune, intelligente et vit deux vies : celle d'une jeune active de l'Angleterre branchée et décontractée, et, celle d'une femme musulmane qui porte le voile et consent à un mariage blanc avec son cousin. Volubile et pleine de charme, la jeune femme a visiblement trouvé son équilibre et, positive, refuse d'entendre les ricanements racistes qui fusent encore parfois sur son passage, menant sa (double) vie avec une énergie qui va, on en est sûr, la conduire à une totale et heureuse intégration. C'est compter sans l'attentat contre les tours jumelles... qui, dans une Angleterre multiraciale, réveille la méfiance latente contre les étrangers basanés : le « mari » est arrêté, le petit frère aussi, Yasmin se retrouve en butte à la froideur de ses anciennes copines... Entre fiction et réalité, entre Ken Loach et Stephen Frears, le long-métrage de Kenneth Glenaan dénonce le « racisme diffus », la guerre invisible qui existe aujourd'hui en Angleterre contre les musulmans.
En appuyant son propos sur les dérives post-11 septembre, le réalisateur montre bien les limites de l’assimilation et plus grave, comment on forme des terroristes lorsqu’on pense les anéantir. Un film qui donne matière à réfléchir… J.D.