Shizo
Shizo Un film de Guka Omarova, Kazakhstan/Russie/Allemagne, 2004, 1h26 Avec Olzhas Nusupbaev, Eduard Tabyschev, Olga Landina… Avouez-le, vous ne savez pas situer le Kazakhstan sur un planisphère ! « Un coin du monde où il est plus facile de se faire tuer que de survivre. » dixit la réalisatrice Guka Omarova, une jeune cinéaste qui a réussi à boucler le budget de son film alors que la production cinématographique du pays est aujourd'hui quasi nulle (comme d'ailleurs dans l'ensemble de l'Asie centrale) Au début de la décennie, chaque République avait alors son grand studio et produisait une dizaine de films par an. Aujourd'hui, ces studios ne sont plus que des vaisseaux fantômes. Pire, au Turkménistan, le cinéma est interdit. Au Kazakhstan, la situation est différente. L’argent du pétrole aidant, quelques multiplexes se sont construits. Mais ils programment essentiellement des grosses productions américaines. A 37 ans, Guka Omarova, dont c'est le premier long-métrage, a donc bien du mérite et du culot. Elle n'est pas une inconnue : à l'âge de 14 ans, elle tenait la vedette dans un film de Sergueï Bodrov. Le réalisateur du Prisonnier du Caucase (1996), qui lui assure d'emblée une reconnaissance internationale, cosigne le scénario de Shizo et en dirige la production. Le contexte ?: dans ce pays qui tente de construire une autre façon de vivre dans les ruines de l’empire soviétique et les carcasses rouillées du communisme, la pauvreté pousse plus vite que les fleurs. Après avoir assistés à la destruction de leur mode de vie traditionnel par les Soviets, les Kazakhs sont entrés violemment dans l’ère du capitalisme. Aucune transition, le seul repère stable étant…la bouteille de vodka. « Au début des années 90, personne n’avait de travail au Kazakhstan. Absolument personne. Le pays venait d’acquérir son indépendance, et des millions de gens comme mon personnage avaient besoin de travailler. » Le personnage, c’est Shizo, quinze ans. En vérité, il s’appelle Mustafa. Ce n’est déjà pas facile d’être un adolescent ordinaire mais celui-ci est en plus considéré par son entourage comme légèrement attardé et donc bon à rien. Et avoir comme surnom « Schizo », ça n’aide pas. Shizo vit entouré de misère dans un univers sordide où la violence quotidienne semble être le seul moyen de survivre. On comprend pourquoi il préfère rester dans son monde intime. Le compagnon de sa mère espère faire fortune en pariant sur des combats de boxe illégaux, pouvant aller jusqu'à mort d'homme, et il entraîne Schizo dans son monde de violence et d'embrouilles. Mais l'adolescent, pas si dérangé, saura tirer son épingle du jeu et prendre une belle revanche de vie sur le sort qui l'accable. On sent un regard très sensible chez la réalisatrice, qui parvient à faire émerger de la tendresse, malgré la dureté du contexte. Avec une écriture très personnelle et très sûre, Guka Omarova nous plonge dans cet univers très particulier où la poésie et la tendresse peuvent surgir derrière les terrains vagues les plus sordides. J.D.