Private
Private
Un film de Saverio Costanzo, Italie, 2004, 1h30
Avec Lior Miller, Mohammad Bakri, Tomer Russo
Comment (sur)vivre dans sa propre maison quand celle-ci est occupée par des soldats Israéliens alors que nous sommes nous même Palestiniens ?
Voilà comment nous pourrions définir en une seule phrase Private, le nouveau film de Saverio Costenzo tiré d’une histoire vraie. Filmé majoritairement à l’épaule, Private montre le quotidien d’une famille palestinienne, assez moderne, qui se retrouve coincée au rez - de chaussée de leur maison qui se trouve en plein milieu de la zone de combats israélo-palestiniens. Obligée de vivre avec des soldats israéliens, le père de famille décide de rester et de ne pas laisser leur maison aux mains des soldats. Le film est composé de séquences, montées chronologiquement grâce à des fondus; montrant le quotidien de cette famille qui cohabite avec leurs supposés ennemis de toujours. A priori, Saverio cumule les handicaps au moment où il décide de s'attaquer au projet d'adaptation de cette histoire vraie. Agé de 28 ans à peine, il est italien et ne connaît du conflit que les reportages diffusés par la télévision. «Je commençais à ne plus les voir tellement j'y étais habitué.» Il entend alors parler de cette famille palestinienne qui doit partager sa maison avec l'armée israélienne. «La famille dont le film est inspiré vit cette situation depuis 1992. Nous parlons donc de plus de 12 ans d'occupation ! » C’est ce constant rappel au réel qui bouscule la vision du film. Car il n'est pas rare en Palestine que des maisons, situées dans des zones stratégiques, fassent l'objet de mesures similaires. Les habitants ont alors deux solutions : soit ils s'inclinent et quittent les lieux, acceptant de devenir des réfugiés ; soit ils restent et adoptent une forme de résistance passive. Ce second choix est celui du père, Mohammad, le pilier du film, un personnage inflexible, déterminé dans sa lutte pacifique. Saverio Costanzo en profite pour établir des caractérisations psychologiques : chaque membre de la famille réagit en fonction de sa propre sensibilité. De cette palette de réactions face à un occupant invisible la plupart du temps mais tellement présent, le réalisateur tire toute la force du film. Un point de vue original sur un conflit qui n’en finit pas de ne pas finir. J.D.