Gardien de buffles

Publié le par jujube

Gardien de buffles

 Un film de Nghiem-Minh Nguyen-Vo, Vietnam/France, 2003, 1h42

 

Avec Le The Lu, Nguyên Thi Kiêu Trinh, Nguyen Huu Thành…

Indochine 1940, sous l'occupation française. C'est à Kim, 15 ans, que revient la charge de mener ses deux buffles loin des terres inondées du sud. Seule richesse de la famille, ces buffles doivent arriver sains et saufs aux Monts Bâ-thé. A travers ce voyage dangereux dans des paysages immenses et recouverts par l'eau, Kim apprend la vie d'adulte. Il intègre une bande de gardiens de buffles, brigands à leurs heures, et découvre un univers d'hommes fait de rixes, d'alcool et de pillages. Progressivement, cette violence laisse place à l'amitié, l'amour et le bonheur d'être libre...

Ce film nécessite une immersion particulière : dans le passé (les années 40), dans la culture d'un peuple (le Vietnam rural), et surtout dans un monde d'eau. Omniprésente, elle imprègne l'image et infiltre la vie des personnages. Panoramiques de terres inondées, maisons flottantes, hommes et bêtes pataugeant jusqu'à mi-cuisse, le décor du Gardien de buffles est un marécage boueux, un marais d'eau croupie, où il est pratiquement impossible de vivre. Et pourtant, ces étendues diluviennes, filmées en plans larges, sous un ciel infini, exercent un stupéfiant pouvoir de fascination, pour nous, comme pour ces humains en transhumance, dont l'existence défie (et se confond avec) la force de la nature. L'histoire de Kim, jeune gardien de buffles en quête de son destin, est d'abord un récit initiatique, un rude apprentissage de la survie dans un milieu hostile, qui ne lui épargne rien (perte de ses parents, confrontation à la violence des hommes). C'est aussi une lutte contre les éléments, qui sont en train de le forger, de le façonner, de faire de lui un adulte. Physicien passé à la réalisation en 1995, Minh Nguyen-vo, 50 ans, compose avec ce premier long-métrage une toile splendide tissée d'eau, de ciel, de lenteur, de regards et de silence. La caméra, glissant de la peau des bêtes à celle des hommes et des marais, scrute superbement les couleurs de la nuit, du crépuscule à l'aube. Et le paysage, puissant, immuable, perpétuellement inondé, devient le héros de ce film prenant, auquel la musique apporte un supplément d'âge. Quant au jeune héros, Le The Lu, et à ses compagnons, tous comédiens amateurs, sont d'une justesse magnifique. On comprend pourquoi le film a été primé dans de nombreux festivals. A découvrir d’urgence. J.D.

 

 

 

 

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Publié dans MON CINEMA

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