La consultation

Publié le par Jujube

La consultation

 

Documentaire d’Hélène de Crécy, France, 2005, 1h31

 

 

Dans le cabinet de Luc Perino, médecin généraliste, se succèdent les éclats de vies les plus variés, comme un petit théâtre qui ne cesse de le surprendre. De son rapport aux patients, Hélène de Crécy tisse une fable sur les rapports humains, les petites joies et les grandes peurs, tout ce qui se dit, se ressent où se subit, mais qui ne trouve à s'incarner qu'à travers la personnalité incontournable du médecin, ce héros malgré lui…

 

C’est depuis l’avènement à la télévision des émissions type « L’amour en danger »,  « Le journal de la santé » ou « C’est mon choix », que vous verrez sans trop de surprise votre voisine du dessus parler en toute franchise de ses ennuis gastriques ou de sa ménopause sur votre petit écran. Qui désire son quart d’heure de gloire télévisuel est aujourd’hui plus orienté à parler de sa petite personne, qu’à chanter comme un ténor ou à sortir un livre. C’est heureusement au cinéma que l’on peut redécouvrir des valeurs parfois oubliées, telles que la pudeur, la retenue, et retrouver le temps de réflexion nécessaire pour aborder des sujets importants.  On ne s’y trompera pas : la documentariste Hélène de Crécy n’est pas une Jean-Luc Delarue du cinéma réel. Cette ancienne sexologue a, par le passé, réussi à aborder des sujets difficiles et peu traités jusqu’alors : « Désirs d'amour », sur le thème du handicap physique et de la sexualité ; puis, en 2003-2004, « Secrets d'hommes, la vie ou la prostate » où elle réussit avec pudeur à faire parler des hommes sur un des sujets les plus tabous qui soit. C’est peu de dire qu’elle a pris le temps de travailler son sujet : plus de six mois de repérages, cinq semaines de tournage, avec une discrétion digne d’une petite souris. Discrétion nécessaire, après les réticences soutenues du Dr Perino. Pourtant, peu à peu, elle réussit à installer un climat de confiance et se fondre dans le quotidien du cabinet. Les patients défilent, grosses maladies ou petites angoisses, tout y passe. Pourtant, ce n’est pas tant le récit de l’angine du petit dernier ou de la dépression nerveuse de Mme Durand qui intéresse la cinéaste. C’est l’interrogation constante sur cette notion d’intimité, banalisé au quotidien dans les médias, et ici abordé avec douceur et respect. La caméra filme au plus près des corps, au plus près des maux/mots, et en ressort la vérité. Car il n’est pas question de mentir dans ce cabinet. On en dirait même plus. Ce en quoi le généraliste devient tour à tour assistante sociale, SOS amitié, père ou mère, pharmacien…  A une  époque où 90%¨des gens naissent dans le milieu hospitalier, et où 87% y meurent, pas étonnant que le toubib soit l’ultime rempart du mal-être au quotidien. Que vous passiez votre vie chez le médecin ou que vous l’évitiez le plus possible, ce documentaire vous concernera forcément.

J.D.

 

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Publié dans MON CINEMA

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