Très bien merci

Publié le par Jujube

Très bien merci
D’Emmanuelle Cuau, France, 2006, 1h40
Avec Sandrine Kiberlain, Gilbert Melki, Olivier Cruveiller…
 
Alex, comptable dans une entreprise, et Béatrice, chauffeur de taxi, forment un couple sans histoire. Leur quotidien est bouleversé le jour où Alex assiste à un contrôle d'identité. Les policiers lui demandent de circuler, mais notre témoin refuse d'obtempérer, ce qui lui vaut de passer une nuit au poste. Au matin, Alex demande à voir le commissaire pour se plaindre de cette arrestation abusive. Pour toute réponse, il est envoyé à l'hôpital, placé d'office dans un service de psychiatrie...
HDT : ces trois lettres conditionnent parfois l’existence de milliers de personnes qui perdent le contrôle de leur vie et de leur raison. Nécessaire parfois, l’Hospitalisation sur Demande d’un Tiers est souvent vécue comme une injustice de la part de l’intéressé. La réalisatrice Emmanuel Cuau a-t-elle fait semblable cauchemar avant d’écrire son scénario ? Elle ne serait pas la seule : l’unique idée de se faire prendre pour un fou lors d’un contrôle d’identité ou d’une simple visite à l’hôpital remplit d’effroi la majorité des humains, depuis qu’une catégorie de gens appelés psychiatres se sont arrogés le droit de décider qui a ou n’a pas toute sa tête. Dans nos souvenirs de jeunesse,  « Les Cigares du pharaon » voyait déjà Tintin se faire interner dans un asile indien, à côté de quelques Napoléon et Jules César en pyjama rayé. Face à l’écran, on se retrouve comme face à notre B.D., impuissant devant cette autorité supérieure qui dérape. Elle rejoint d’autres peurs, la peur du patron, qui décide à l’envi de l’embauche ou du licenciement, ou encore « la peur du gendarme », ce fantasme d’autorité suprême au pouvoir incontrôlable. « En 2002, quasiment du jour au lendemain, la police s’est démultipliée de façon flagrante. J’en voyais de plus en plus : des policiers à rollers, en voiture, à vélo, en fourgon, à pied. J’ai été très frappée par cela, ainsi que par des contrôles d’identité totalement arbitraires auxquels j’ai pu assister. » Génération Sarko, semble dire la cinéaste… Elle donne à son récit une dimension quasi-kafkaïenne, angoissée à l’idée que d’absurdes marionnettistes ait le droit de vie ou de mort sur les hommes. Avec le regard inquiet d’une Sandrine Kiberlain libéré de son air godiche, le film est comme une petite alarme à nos consciences endormis, et nous interroge sur notre propre liberté de jugement.
 
J.D.
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Publié dans MON CINEMA

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