3h10 pour Yuma

Publié le par Jujube

 

« Fais-moi un remake chérie, fais-moi un remake ! » (air connu)

 

D’accord,je tire peut-être un peu trop rapidement sur un certain cinéma américain.

Mais là quand même… Pas une semaine sans qu’on ait droit à un remake, parfois même à un remake de remake ! L’objet de mon écoeurement : « 3h10 pour Yuma », refonte raplapla de James Mangold du « 3h10 pour Yuma » de Delmer Daves (1954), où Russel Crowe et Christian Bale font ce qu’ils peuvent pour remplacer Van Heflin et Glenn Ford).

 

Attention, loin de moi  l’idée de remettre en question le concept même de remake, genre louable et qui est aussi vieux que l’invention du cinématographe. Quand il est bien fait, il peut même être la marque des plus grands, et faire oublier l’original : le « Une étoile est née » de George Cukor (1954) était un remake d’une version de 1936 de Wellman ;  Le « Scarface » de Brian de Palma (1983) nous a presque fait oublier la version de Howard Hawks de 1932. Le « Psycho » de Gus Van Sant est bien sûr un retournage fidèle du « Psychose » de Hitchcock. Et que dire du « Ocean’s eleven » de Steven Soderbergh, si ce n’est qu’il est un remake avoué du « Ocean’s 11 » de 1961 avec Sinatra et Sammy Davis Jr. ? Et quand on parle de remake, on ne peut oublier ce qui les font eux-même : Hitchcock, en traversant l’Atlantique, a emporté sous son bras « L’homme qui en savait trop » avec Joseph Losey et Peter Lorre (1934). Vingt ans plus tard, il en fit un remake, avec James Stewart, Doris Day et…Daniel Gélin. Et Michaël Haneke, l’autrichien qui glace le sang (« La pianiste »), ressort le 23 avril une version U.S. de son « Funny Games » européen de 1998.

 


              Mais malgré ces rares exceptions, le remake remplit souvent le cahier des charges du mauvais film. Et de plus en plus. D’ailleurs, j' ai l’impression tenace que la machine à refaire américaine s’emballe ces dernières années : pas un film d’horreur des 70’s n’échappe à son remake dans les années 2000 (« Halloween », « Massacre à la tronçonneuse », « L’exorciste », « La colline a des yeux », et on en passe). Pas une comédie culte n’a son pendant moderne (« La panthère rose » ; « Hairspray »). Pas un navet n’a son re-navet (« Piranhas » et « Le retour des tomates tueuses » sont en projet !).


Une raison possible à cet déferlante de remake : un film américain coûte de plus en plus cher à produire et surtout de plus en plus cher à vendre (près d’un quart du budget est consacré au marketing). Pas étonnant alors que les producteurs se rabattent sur les valeurs sûres.Jeux vidéo (« Resident evil »), jouets (« Transformers »), séries télé (« Sex and the city »), livres, articles de presse, émissions télé…Tout est bon à copier, pourvu que la mention « lu et éprouvé » y soit déjà apposée. Un film européen ou asiatique a du succès ? Les ricains s’empressent de le copier ( « Trois hommes et un couffin » devenu « Trois hommes et un bébé » ; «Neuf mois » devenu « Neuf mois aussi »…Et  « The grudge » et « The eye » sont des copies conformes de la version nippone). Pourquoi alors les comédies à la française et les films d’horreur japonais sont automatiquement retournés ? Parce que le public américain est paresseux ! Il déteste les sous-titres, et encore plus le doublage. On préfère aller chercher les comédiens et réalisateurs étrangers pour retourner les mêmes films (« My father ce héros », » « Les visiteurs en Amérique ») plutôt que de laisser défiler une seule ligne de texte en bas de l’écran.


Et les français ne sont pas en reste : en 2005, « Boudu » voyait Depardieu remplacer Michel Simon dans une version actualisée du classique de Jean Renoir, et 2008 verra Francis Veber adapter encore une fois « L’emmerdeur », après le film de Molinaro de 1973.


Avec tout ça, il n’y a aucune raison que je  ne succombe pas à la folie du remake. Tiens, il se pourrait même que la semaine prochaine, je  réécrive le même article !


J.D. 

 

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Publié dans MON CINEMA

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