Juno: retour sur un succès

Publié le par Jujube

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Retour sur un succès
 
Un Oscar du meilleur scénario à Hollywood pour la scénariste Diablo Cody, près de 400 000 spectateurs en France et un bouche-à-oreille qui dépasse largement le cadre des cinéphiles urbains habitués, voilà le bilan provisoire de « Juno », film plus que remarqué de ce début d’année. Ce qui est le plus apprécié : des sujets difficiles (l’avortement, l’adoption…) abordé sans discours moralisateur, avec humour et second degré ; des personnages drôlissimes campés par des acteurs peu connus, qui évoluent sur une musique country-rock qui donne envie d’acheter le CD, et surtout, cet optimisme à tout crin qui vous fait sortir de la salle le sourire aux lèvres, en pensant que le monde est magnifique et que ah, tiens, il fait beau, je vais aller faire un pique-nique dans l’herbe aujourd’hui. De ces films qui vous donnent la banane, la critique américaine en a fait une sous-catégorie : les feel good movies, comprenez les « films qui vous font vous sentir bien ». 

Evidemment, la définition du genre est loin d’être cernable. Ce sont des films généralement indépendants (comprenez : des films à budget réduits tournés par des réalisateurs inconnus et financés par des producteurs fauchés qui sortent dans peu de salles aux Etats-Unis), avec des personnages typés intellos qui sortent des dialogues brillants, mélange de réflexion profonde sur la vie et d’un humour doux-amer, des situations du quotidien auxquelles tout le monde peut s’identifier, emballé par une musique folk-rock-country-electro-pop plutôt réservée aux fans du genre. Vous ajoutez à ça un bouche-à-oreille immédiat et conséquent sur Internet et un nombre de sélections impressionnant dans les festivals de cinéma du monde entier, et vous obtenez des films comme « Garden state », « Punch-drunk love », « Love actually », « Sideways », « La famille Tenembaum » et bien sûr « Little miss sunshine », la référence en la matière. En France, l’exemple en est bien entendu « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain », où, en sortant du cinéma, vous aviez une envie irrésistible de crier votre amour pour les crèmes brulées et les nains de jardin ; mais on peut aussi y inclure une bonne partie des films de Klapisch (et en particulier «L’auberge espagnole », qui a plus fait pour les échanges universitaires Espagne-France que n’importe quelle brochure Erasmus).

Le « feel good movie », c’est avant tout une recette qui fonctionne, et ça, Hollywood l’a bien compris. Parallèlement à ses activités block-busterisantes, chaque studio a désormais une section « film indépendant » dans sa calebasse (vous parlez alors d’indépendance !) et est en recherche constante de nouveaux cinéastes talentueux potentiellement rafleurs d’Oscar. Manière de récupérer un phénomène qui leur avait jusqu’ici échappé. Au risque que « faire un petit film surprise sympathique avec peu de moyens » devienne une mécanique trop huilée, et qu’on se retrouve avec « le nouveau Juno » ou « le nouveau Little Miss sunshine » tous les trois mois, privant du même coup les spectateurs de la spontanéité induite par l’exercice. 

Y manquerait plus qu’on soit obligé d’être joyeux, tiens !

J.D.
 
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Publié dans MON CINEMA

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