Mad detective: c'est pas trop To!
Mad detective
De Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong-Kong, 2007, 1h29
Avec Lau Ching-Wan , Kelly Lin, Andy On, Lam Ka-Tung...
Sortie le 5 mars
Sortie le 5 mars
« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». L’expression populaire convient volontiers à Johnnie To, le stakhanoviste du cinéma hongkongais (qui depuis peu près de trois films par an), qui s’avoue n’être jamais satisfait de ce qui a déjà été fait. Lui que certains critiques considéraient encore il y a peu comme un simple « faiseur » à cause de quelques virages de carrière oubliables, impose son style depuis la création en 1996 de Milkyway images, sa société de production.
To aime collaborer avec ses confrères, puisque après « Triangle » l’année dernière (un cadavre exquis composé avec Ringo Lam et Tsui Hark), il retrouve Wai Ka Fai, (son co-réalisateur sur « Fulltime killer » en 2002), qui, selon To, « élève le niveau d’écriture de [ses] films ». Et effectivement, To délaisse pour un temps ses fusillades et ses triades pour une plongée dans les méandres torturés du cerveau de Bun, un flic forcé à la retraite à cause de ses méthodes peu orthodoxes et de sa santé mentale vacillante. Ho, un de ses anciens subordonnés, va pourtant faire appel à lui pour résoudre la disparition d’un collègue et l’utilisation de l’arme de celui-ci dans une série de braquages sanglants. Bun reprend alors rapidement du service, mais non sans éveiller un doute certain chez Ho, déclarant qu’il a la capacité de revivre ce qu’ont enduré les victimes, mais aussi de percer l’âme des gens.
La mise en avant d’un personnage fou permet à To de sortir du schéma classique du polar bon flic-mauvais flic-truands, pour y introduire une dimension fantastique. Quelles sont étranges et déroutantes, ces visions de « démons », ces visites nocturnes en forêt où Bun s’enterre volontairement.
Le côté potache de To est encore là (quand Bun mange dix fois le même repas d’affilée et se vomit dessus, ou quand il urine délibérément sur les chaussures de son collègue), mais l’atmosphère très sombre et la scène finale très pessimiste augure d’une suite de carrière plus réfléchie pour le réalisateur.
« Ayant passé les dix dernières années à explorer mon style personnel, j’attends avec impatience de prendre une nouvelle direction pour les dix prochaines années ». A juger dès le 30 avril pour la sortie de « Sparrow », son prochain bébé.
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