"Tetro": Coppola en grande forme
Sortie le 23 décembre 2009
Il y en a qui raconte des histoires, et d’autres qui font du cinéma. Si la différence vous paraît floue, Tetro, le nouveau film de Francis Ford Coppola, va vite éclaircir les choses. Après « L’homme sans âge » (sorti l'année dernière), Coppola continue à faire des pieds de nez à ceux qui le croient fini et auto-produit grâce à la vente de son vin, un film numérique, et en noir et blanc. Comme, si, après une longue et belle carrière, l’homme avait envie de tout remettre en jeu et de recommencer à zéro, comme s’il débutait aujourd’hui. Dans un noir et blanc travaillé à la perfection, on suit un jeune homme en costume de marin dans un Buenos Aires version Quai des brumes. Le beau marin – qui ressemble furieusement à Di Caprio - rejoint l’appartement de Tetro, le frère qu’il n’a pas vu depuis des années. Ecrivain de théâtre maudit, Tetro (Vincent Gallo, parfait) s’est enfuit du foyer bourgeois familial, rejeté par un père…ou l’inverse. D’abord hostile, Tetro va accepter chez lui ce frère et lui présenter la troupe de théâtre dont il est l’éclairagiste. Mais le jeune homme va ouvrir chez son créatif de frère de profondes blessures. Volonté expérimentale, métaphores sur la création et sur la transmission familiale (normal chez les Coppola), théâtre dans le cinéma…Coppola joue avec le langage cinématographique, ose beaucoup, comme un gamin qui maîtriserait parfaitement l’art d’empiler des cubes de bois.
Mais c’est ça ! « L’homme sans âge », c’est lui, lui qui parvient toujours à se renouveler alors que tant d’autres s’enlisent dans la nostalgie du passé. Lui qui montre aux jeunes générations de réalisateurs que faire du cinéma ne se résume pas à poser sa caméra quelque part et attendre un miracle.
JD