Dear frankie
Dear Frankie
Un film de Shona Auerbach, G.B, 2004, 1h43
Avec Emily Mortimer, Gerard Butler, Jack McElhone
Elevant seule son fils Frankie, aujourd'hui âgé de 9 ans, Lizzie vient de s'installer dans une petite ville du littoral écossais - après plusieurs années de déménagements incessants. Pour que Frankie, atteint de surdité, ne souffre pas trop de l'absence de son père, Lizzie explique que ce dernier est marin au long cours et se trouve actuellement à bord du vaisseau Accra. Une invention que Lizzie s'applique à rendre vraisemblable en écrivant régulièrement au petit garçon des lettres prétendument expédiées par son père depuis des pays exotiques...
Premier film d'une réalisatrice venue du court-métrage et de la publicité, Dear Frankie se place d'emblée dans une thématique assez largement exploitée au cinéma: le mensonge autour d'un mort. Le principe scénaristique de base rappelle étrangement celui de Depuis qu'Otar est parti de Julie Bertuccelli (les générations étant inversées, puisque c'est le fils qui reçoit ici les lettres, au lieu de la grand-mère). Lizzie la mère s'est enfoncée un jour dans la fiction, et de mois en mois a brodé autour d'elle et de son fils un canevas de mensonges. "Le cinéma substitue à notre regard un monde
qui s’accorde à nos désirs" disait André Bazin. Ici, les non-dits et les contrevérités substituent au monde réel un monde conforme aux désirs des protagonistes. Lizzie devient ainsi le metteur en scène d’une tromperie consolatrice. Rattrapée subitement par la réalité (l'Accra accostant réellement tout près de chez elle), elle verra d'abord d'un oeil méfiant l'arrivée dans sa vie du père de substitution qu'elle est contrainte de choisir. Une question alors: un beau mensonge ne vaut-il pas mieux qu'une dure vérité? Doit-elle tout avouer à son fils? La réalisatrice épaissit la relation mère-fils autour de cette question par de petites pointes d'émotions. Et l'interprétation toute en sobriété des acteurs ne fait qu'ajouter à notre sympathie pour l'histoire et ses personnages. Un beau moment de cinéma. J.D.