Mon petit doigt m'a dit

Publié le par jujube

Mon petit doigt m'a dit

 

 

Un film de Pascal Thomas, France, 2004

 

 

Avec André Dussollier, Catherine Frot, Laurent Terzieff...

 

 

 

 

 

 

Pascal Thomas retrouve sa Dilettante Catherine Frot et l'associe avec un double masculin, André Dussolier. Et notre talentueux couple d'acteurs de faire souffler un vent de frivolité dans cette adaptation d'un roman d'Agatha Christie. Intriguée par la disparition soudaine d'une vieille dame croisée dans une maison de retraite, Prudence, jeune grand-mère qui n'aime rien tant que s'imposer des missions dangereuses et impossibles, mène l'enquête, avec l'aide de son mari Bélisaire, dépassé par l'extravagance de son épouse. Mais derrière les paysages les plus paisibles, les visages les plus doux et les plus aimables sourires peuvent se dissimuler les plus grandes monstruosités, les pensées et les comportements les plus terribles…

 

 

La fantaisie et la légèreté de ce couple donnent à cette histoire policière un humour qui contrebalance l'angoisse des situations propres aux romans de mystère. Le réalisateur est heureusement parvenu à éviter les écueils de l'adaptation (reconstitution historique soi-disant fidèle, dialogues alourdis par le poids du langage littéraire...) pour ne garder du livre que son esprit décalé, et de sa romancière son côté typiquement british. De discrètes touches de mise en scène qui installe le spectateur à la frontière entre imaginaire et monde réel dès les premières images.  La campagne française remplace l'Écosse, l'héroïne porte un patronyme à la fois français et anglo-saxon (Prudence Beresford), tandis que son époux se prénomme Bélisaire. Impossible de précisément dater l'action, puisque la direction artistique, les costumes, comme dans La Dilettante, renvoient à une époque presque intemporelle, même si on évoque dans Mon petit doigt m'a dit le souvenir d'un été caniculaire et tourne en dérision les sonneries de téléphone portable. Les personnages utilisent différents niveaux de langage, toujours soutenus mais qui offrent une palette de dialogues et de registres humoristiques rarement égalés dans la production française. Les mots pétillent, fusent de tous côtés, servis par des acteurs visiblement heureux de se retrouver dans ce jubilatoire exercice de comédie. Cette diversité du langage trouve un écho dans la construction du film, qui mêle avec harmonie plusieurs genres, plusieurs registres de ton impeccablement ajustés : la comédie bien sûr, déclinées sous presque toutes ses formes (conjugale, burlesque, musicale, …), le suspens, mais aussi le mélodrame et le fantastique. C'est ce dernier aspect du film qui démontre le plus efficacement ce décalage maîtrisé par le réalisateur, qui instaure au fur et à mesure de l'enquête une atmosphère inquiétante, par l'utilisation de décors faits de vieilles pierres et de portes qui grincent, de personnages étranges et de suspenses morbides. Pascal Thomas est avec ce film, à la fois en décalage avec la production actuelle, et en même temps en droite ligne du cinéma français classique. Et nous offre une très bonne surprise. J.D.

 

 

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Publié dans MON CINEMA

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