Terres et cendres

Publié le par jujube

Terre et cendres

Un film de Atiq Rahimi, France, Afghanistan, 2003, 1h45

Avec Abdul Ghani, Jawan Mard Homayoun, Walli Tallosh...

Dastaguir est assis sur le bas côté de la route, son jeune petit-fils, Yassin, à ses côtés. Un paysage afghan désolé se déploie autour de lui. Ce chemin conduit à une lointaine mine, destination redoutée et pourtant ultime de Dastaguir. Il a entrepris ce voyage à contrecoeur pour voir son fils, le père du petit, qui travaille à la mine. Il doit lui annoncer que leur village a été bombardé et toute leur famille tuée. C'est une lourde tâche pour le vieil homme qui est déchiré entre sa propre peine, son insupportable solitude et les codes de l'honneur si profondément encrés dans l'esprit afghan. En même temps qu'il lutte avec tant d'émotions conflictuelles, Dastaguir croise différents étrangers sur sa route : un gardien mal luné dans sa guérite, un marchand philosophe, une mystérieuse femme voilée qui ne cesse d'attendre, et d'autres victimes de cette guerre innommable qui continue ailleurs, hors champ.

 

Après trois documentaires, l'Afghan Atiq Rahimi réalise son premier long-métrage Terre et Cendres, adapté de son propre roman publié en 2000. Présentée dans les sections Caméra d'Or et Un Certain Regard à Cannes, cette "fable sur la perte dévastatrice, la rédemption et la persévérance de l'esprit humain face aux atrocités de la guerre" nous dit la souffrance et l’impuissance de plusieurs générations marquées par 23 années de conflits. Le tableau contemplatif est émaillé d’aphorismes, de dictons poétiques qui disent le chagrin, la peur, la persévérance. Un film à ciel ouvert, où la terre, les pierres et la lumière enseignent des choses. Atiq Rahimi confie : "Le temps du récit est un temps suspendu. Le passé et le futur prennent forme fragmentairement dans l'esprit des personnages. C'est dans l'espace-temps du présent que ressurgissent les scènes du passé. (...) C'est l'attente et le doute des personnages qui caractérisent la dramaturgie du film." A-t-on déjà vu et senti l’Afghanistan d’aussi près ? Sans doute pas. Guerre ou pas, les chaînes du monde entier n’ont pas su filmer ce territoire. Il remplit ici l’écran, le déborde. C’est un paysage imposant, un plateau aride surplombé de montagnes pelées. « La piste suit les crêtes des collines, derrière les collines, il y a les montagnes, et plus loin encore, dans la brume, d’autres montagnes, et derrière : le ciel bleu. Ce n’est pas seulement un décor, cela raconte quelque chose... " Le film est à l'image de ce territoire: simple et dépouillé.Tous les choix esthétiques du film confèrent à ce dépouillement. La lumière crue du soleil des scènes en extérieur, les acteurs non-professionels donne à ce film une dimension réaliste. On notera également l'utilisation du format cinémascope, seul moyen pour le réalisateur d'assoir une horizontalité dans la perspective qui amène une certaine sagesse et  une solitude des personnages. Le son a aussi unre grande importance dans le film. Atiq Rahimi l'introduit comme problématique dans le personnage du petit Yassin, enfant sourd qui ne s'en rend pas compte, et qui pense le c'est le monde autour de lui qui est devenu muet. Pour lui la guerre n'est là que pour faire taire le monde et faire disparaître les bruits. De ce fait le film est parcouru de nombreux silences, et les sons, les respirations deviennent muisque. Comme si finalement le bruit de la respiration comptait plus que le bruit des bombes. J.D.

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Publié dans MON CINEMA

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