Manuel du parfait petit cinéphile

Publié le par Jujube

01/01              

 Manuel du parfait petit cinéphile

(à l’usage des ignorants de la chose cinématographique)

Franchement, regardez-moi dans les yeux. Avouez : vous vous êtes tous au moins une fois retrouvé dans une réunion, un dîner, une réception en ville, où le sujet de conversation était le cinéma. Et vous êtes inévitablement tombés sur la question piège:

"-Dis moi, tu n'as pas remarqué une certaine diachronie dans le montage de "Le pain, la mère et l'océan" de Kostoulasky, qui diffère totalement je trouve de son dernier film "Une femme terrorisée dans le port de Bangkok ?".

Votre manque de réponse à cette question cruciale vous a immédiatement fait passer pour le plouc de la soirée.

Vous en avez assez qu'on vous prenne pour un imbécile ? Mais vous ne voulez pas non plus passer votre existence entière dans une bibliothèque sombre et mal chauffée, ou une cinémathèque lugubre ?

Et bien ce manuel est pour vous!  Voici donc les quelques astuces et petites phrases indispensables pour clouer  sur place de béatitude et d'admiration votre entourage.

CE QU'IL FAUT SAVOIR ET FAIRE

. Tout d'abord, décrétez que vous n'irez plus que dans des salles dites "d'art et d'essai", pour "donner un coup de pouce aux indépendants". Dédaignez les complexes commerciaux tels Gaumont ou UGC, jetez aux orties tout ce qui peut toucher de près ou de loin au système hollywoodien.

Affirmez que vous ne jurez plus en ce moment que par Abbasdaskistous, ce réalisateur hellénico-iranien ignominément censuré et recherché par la milice de son pays.

. Affichez un air mystérieux en disant à vos amis que ce soir, vous allez voir un cycle sur "le néo-érotico-colonialisme dans le western allemand des années 36 à 39" au ciné-club de Piton sur Cambry (en réalité un vaste hangar à bestiaux tendu d'un drap blanc)

. Montrez votre dédain pour le festival de Cannes ou les Césars, en fustigeant la main mise commerciale des grandes marques de cosmétiques sur ces évenements.

Attention toutefois! Retournez immédiatement votre paletot si votre réalisateur préféré remporte le grand prix !

Achetez "Les Cahiers du cinéma" (que vous n'appelerez plus que Les Cahiers) et familiarisez vous bien avec l'intellectualisme à la mode qui théorise à tout va, cherchant un sens caché dans le moindre petit bout de plan.

. Dites du mal de Mocky ("Ce type là se fout du public!") mais tempêtez contre le public qui n'a rien compris au dernier film des frères Dardenne. Alors que vous, oui, évidemment.

Le principal dans tout ça est de suivre le sens du vent. (et Jean-Luc Godard accessoirement)

POUR LES ACHARNES

Avant même d'entrer dans une salle pour aller voir un film, investissez le département cinéma d'une bibliothèque et apprenez par coeur la filmographie du réalisateur, sa vie, son courant de pensée, les moeurs de son pays et la couleur de son slip. Ingérez jusqu'à la nausée les essais des grands historiens du cinématographe tels Sadoul ou Bazin (huit-cents pages ne vous font pas peur !). Ecrivez deux thèses et trois mémoires sur la pensée profonde de cet auteur forcément incompris et après des semaines et des semaines de recherche, des ampoules aux mains et des poches pleins les yeux, décidez vous enfin à aller voir le film.

Apercevez-vous  en fin de compte qu'il est sorti de l'affiche depuis trois semaines.

Il ne vous reste plus qu'à sauter du haut de la Tour Montparnasse en criant que vous êtes un martyr du cinéma contemporain.

Donc mes amis, il n'y a plus d'issue possible : soyez instruits...mais chiants .                                        

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Publié dans MON CINEMA

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