Christophe Colomb, l'énigme : cent ans et toutes ses dents
Christophe Colomb, l’énigme
Cristovão Colombo, o enigma
De Manoel de Oliveira, Portugal/France, 2007, 1h15
Avec Ricardo Trepa, Manoel de Oliveira, Leonor Baldaque, Maria Isabel de Oliveira...
sortie le 3 septembre 2008

Le Guiness Book des records l’a désormais en bonne place dans ses pages et pour cause : à cent ans, Manoel de Oliveira est aujourd’hui le plus vieux réalisateur encore en exercice. Mais à quoi marche t-il, ce diable de portugais, pour réussir à nous offrir un film par an, et souvent encore d’excellent facture ? La preuve en fut ce « Belle toujours » hommage à Buñuel, qui, il y a deux ans à peine, réanimait nos plus beaux moments avec Michel Piccoli. Est-ce alors la passion du cinéma ? La curiosité sans doute. Celle-là même qui l’incite à bousculer la statue d’un géant comme Christophe Colomb, affirmant – oh sacrilège !- que le découvreur des Amériques était portugais de naissance, et non italien comme la plupart des historiens le soutiennent.
« Christophe Colomb était portugais », tel est le titre d’un essai publié en 2006 par Manuel Luciano et sa femme Silvia, qui ont consacré cinquante ans de leur vie à parcourir les horizons lusitaniens et américains pour le prouver. Se doutaient-ils qu’ils allaient être métamorphosés en personnages de fiction par le plus illustre des cinéastes de leur pays, qui –comble de l’honneur – va même jusqu’à les interpréter âgés avec sa femme Maria Isabel, convertie en actrice senior pour les besoins du film ? Ce drôle de voyage aux côtés de deux drôles d’explorateurs n’a dans le fond qu’un seul but : nous permettre de découvrir le quotidien de ceux qui vivent une passion au jour le jour, sans rien lâcher, persuadés qu’ils sont dans le vrai. Un peu comme le cinéaste qui, tout au long de sa vie, n’a eu de cesse de se remettre derrière la caméra pour vivre sa passion. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage », disait Boileau. Il y a un centenaire portugais qui l’a pris au pied de la lettre…
J.D.