Cannes 2008
Cannes…et le reste du monde.
Diamants, tapis rouge, photographes…et politique.

Le Festival de Cannes navigue sans cesse entre futilité et gravité, entre clichés de stars et moments austères. Certains cette semaine, ont rougi de se gaver de petits fours, alors que la Birmanie ou la Chine subissaient les conséquences, qui d’un cyclone, qui d’un tremblement de terre catastrophiques. Sean Penn, le président du jury, l’a déclaré à la presse en début de festival, entre deux allusions à Obama ou à la lutte pour l’environnement : « Le tremblement de terre (en Chine) va influencer notre jugement sur presque tous les films […] de même pour ce qui se passe en Birmanie.». Cannes serait donc perméable au reste du monde ?! Il faut le croire, lorsque samedi, à la conférence de presse du film chinois « 24 city », le réalisateur Jia Zhang Ke a réclamé une minute de silence à la mémoire des disparus.
En sortant de la conférence, on pouvait tomber sur des individus habillés en rose avec une capote géante sur la tête. Manière de rappeler que le jeudi 22 se tiendrait le traditionnel banquet de l’association de lutte contre le sida américain (l’amFAR), où Madonna était attendue. Le sida, on en parlera, oui, mais seulement après qu’Indiana Jones et cie aient monté les marches.
Dimanche, on pensait prendre un peu de repos question émotion. Mais à la projection des « Cendres du temps », Wong Kar-wai réclame lui aussi une minute de silence pour son pays. Une minute qui en durera cinq au moins. Imaginez le tableau : un parterre de costumes et de robes de soirées baissant les yeux sur leurs chaussures, pour honorer la mémoire d’autres qui n’en portent jamais. Etonnant.
Etonnante aussi, Jane Birkin ( ?), qui, lundi, manifestait son soutien à la Birmanie en marchant dans les rues de la ville entourée de moines bouddhistes, d’un pasteur et d’un prêtre, alors que dans le même temps, Eva Longoria faisait son shopping. Drôle de contraste…
Mais le 61e Festival de Cannes sera politique ou ne sera pas. Sean Penn, notre cher président l’ avait dit : « Nous décernerons la Palme d’or, et nous somme tous d’accord la dessus, à un réalisateur dont nous sommes convaincus qu’il a conscience du monde dans lequel il vit ». On cherche alors une résonance politique dans chaque film en compétition. Et ça ne manque pas. Surtout si on se rappelle les mots de Rachid Bouchareb, lors de la conférence de presse du jury : « Dans un film de deux heures, on peut toujours trouver deux secondes de politique. En ce qui me concerne, dans un décor, dans une musique, dans des sons, dans des couleurs, dans des images, dans des choix de personnages, il y a de la politique. » Il y en a dans « Il divo » de Sorrentino ou dans « Gomorrah » de Matteo Garrone, qui nous ouvre les yeux sur la mafia à l’italienne. Il y en a chez Laurent Cantet et son « Entre les murs », chronique d’une vie dans un collège difficile. Il y en a aussi chez Walter Salles et son « Lihna de passe », où quatre frères brésiliens pauvres tentent de surmonter leur condition. Il y en a (trop) dans les quatre heures et demi du « Che » de Soderbergh (photo).

On se souvient des paroles de Marjane Satrapi (« Persépolis »), également dans le jury : [Un film] est avant tout une œuvre d’art. Ce n’est pas un pamphlet, cela n’a pas d’intérêt quelque soit son message. Il faut qu’il y ait un travail artistique… ». Art, politique, industrie, glamour…Les frontières se brouillent toujours à Cannes.