127 heures...et plus, de solitude
127 heures
De Danny Boyle, USA, 2010, 1h34
Avec James Franco.
23 février 2011
Deux ans après « Slumdog millionaire », sa fresque indigo-misérabiliste à grand succès, Danny Boyle revient dans un autre registre. Ou pas ? Cette fois c'est une histoire vraie de vraie qu'il nous raconte, label bien pratique pour crédibiliser tout ce qu'on veut faire passer à l'écran. Soit celle d'Aron Ralston, trentenaire amateur de sensations fortes qui décide de partir un jour en solitaire faire du VTT-alpinisme dans un désert de gorges et de canyons. D'emblée on se dit que Boyle, adepte des artifices de mise en scène et des effets clipesques (il n'y a qu'à revoir « Trainspotting » pour s'en convaincre) ne manquera pas de mettre en scène cette escapade comme un DVD de démo pour Oxbow (grands espaces sauvages éclairés par le soleil levant et « woooo ! » de joie à chaque bosse) ou pire, comme une pub pour Grany d'Heudebert. Bingo. Le réalisateur ne nous épargne rien de tout ça, et ce dès le début du générique, dont l'écran est séparé en trois: de part et d'autre des foules qui marchent à travers le monde (et en Inde, recyclage d'image de Slumdog ?) opposé au héros solitaire.
Parlon-en de ce héros. D'entrée donc, Boyle le classe parmi les nouveaux individualistes qui rêvent de solitude mais ne peuvent s'empêcher de filmer chacun de leurs exploits pour les mettre sur Facebook. Ainsi le moindre rocher ou la moindre gamelle, Aron la filme ou la photographie. Et il a beau faire son kéké face à deux demoiselles rencontrées au hasard d'un canyon, il finra seul quand le drame arrivera. Car, à 10 mn du début du film, lors d'un saut malheureux entre deux gros rochers, Aron tombe dans un ravin en même temps qu'un gros caillou qui vient lui emprisonner le bras droit.
Aïe. Impossible de plaindre cette pauve tête à claque qui n'en a toujours fait qu'à sa tête. Non, lui, on lui dirait plutôt « bien fait pour toi ! » Non, c'est nous que nous plaignons, car dès lors l'action se fige et le titre du film arrive: 127 heures. Quoi ? On va devoir attendre 127 heures que ce type trouve une solution pour se dégager ? Eh oui. Et l'attente et longue. Et devinez quoi, c'est justement là où le film trouve son interêt. Car dès lors que notre héros arrête de faire son malin, on finit par prendre pitié de lui, voire à s'identifier à lui. Comment ôter ce foutu rocher ? Gérer le peu d'eau et de nourriture qu'il reste ? Et les hallucinations visuelles ? C'est là que l'acteur prend le dessus sur le réalisateur. James Franco, qu'on a vu dans « Spiderman », mais aussi chez Judd Appatow, est convaincant. Boyle, bien sûr, ne peut pas s'empêcher de multiplier les angles de vue et les artifices de mise en scène dans cette minuscule prison qu'est devenu le ravin. Mais n'arrive pas à nous détourner de son personnage principal. Jusqu'à la funeste et violente solution, qu'il filme é-vi-dem-ent de front, comme le font la génération d'Eli Roth et cie, qui n'ont toujours pas compris qu'il est plus angoissant d'entendre un bruit de tronçonneuse en off que de voir une tronconneuse découper un membre en direct.
Bien sûr le héros ne change pas. Sorti de son trou, il restera seul. Et même après son sauvetage, l'homme -le vrai- repartira en excursion. L'individu a encore triomphé sur la foule du générique. Seule leçon à retenir d'une heure trente de film: il faut prévenir quelqu'un avant de partir seul en randonnée. Mince bilan...
JD