TA GUEULE GODARD !
TA GUEULE GODARD!
De multiplexes en multiplexes, on ne peut pas dire que le cinéma français soit sureprésenté. Les blockbusters américains occupent la place qui leur est dûe, entre les profonds fauteuils rouges et les canettes de soda. Une place que leur envie les Besson, Krawsvitch, Pirès et autres Kounen.
Et à côté, qu'est-ce qu'on a? Un cinéma qui n'aime rien tant qu'à se flageller avec des orties, entre la nostalgie d'hier et la crainte des "crises" futures. Que ce soit sur les bancs des écoles de cinéma ou dans les bureaux des producteurs indépendants, on campe sur ses positions: le cinéma français est un cinéma d'auteur, un cinéma chiant. Regardez-les, les Chéreau, Les Desplechin, Les Larrieu ; tous ces réalisateurs enfumés, qui donnent interview sur interview, le teint terne, le même regard dans le vide intersidéral de leur GRAND Art, celui qui descend en droite ligne de cette Nouvelle vague des années 60, boulet trop lourd pour la jeune génération.
Car aujourd'hui un réalisateur qui débute n'a pas le choix: il doit se placer soit en continuité, soit en rupture avec cette fameuse "politique des auteurs" qui marque si bien l'exception culturelle française par son élitisme bourgeois.
A la fac, c'est trois trimestres entier passés à revisionner des séquences du Mépris, et va y que je te JeanRouchise, que je t'Eustachise dans tous les coins, que je te Truffaude, que je t'Hiroshimase, mon amour. Bardot montre son popotin pendant que Jean-Paul Belmondise à tout va.
Godard, figure tutélaire de la vieille nouvelle école, toujours là, toujours pas mort, avec sa lippe clopesque, ses lunettes triple foyer, qui étale son absence de sourire sur tous les traités audiovisuels.
Et que je te Cahiersducinémise encore. Et voici la "Positif" attitude, cette masturbation intellectuelle qui refuse l'Art comme divertissement, et voudrait gommer le paradoxe industriel du cinéma. Populaire ? Laissez-moi rire! L'opacité de la langue est de rigueur dans ces pages. Surtout restons entre nous! Des générations de professeurs frustrés de n'avoir pas pratiqué l'Art qu'ils enseignent, prétendent se hisser au rang des plus grands historiens. Mais qui d'entre eux connaît l'ouverture du diaphragme pour faire une nuit américaine?
Mettez-vous ça dans la tête, mes amis: le cinéma n'est pas un Art comme les autres, et il est dangereux de l'enfermer dans des musées, qu'ils soient réelles ou dans les têtes.
Le cinéma est à nous!