Dark Water
Dark water
Film de Walter Salles, USA, 2004, 1h45
Avec Jennifer Connelly, John C. Reilly, Tim Roth, Pete Postlethwaite …
Récemment séparée de son mari, Dahlia Williams s'est trouvé un nouveau job et un autre appartement. Elle est bien décidée à surmonter l'échec de son mariage et à se consacrer à sa fille, Ceci. Mais quand la séparation tourne à la bataille rangée pour la garde de l'enfant, la situation se complique. Son nouvel appartement, délabré et exigu, semble soudain prendre vie. Des bruits mystérieux et des phénomènes étranges la poussent à se demander qui est derrière tout cela. Et puis, il y a ces obsédantes infiltrations d'eau sombre... Essayant de garder le contrôle de sa vie, Dahlia, plus que jamais résolue à protéger sa fille, va tenter de percer le mystère...
Hideo Nakata peut être heureux. Depuis quelques années, Hollywood a mis le grappin et sur les scénarios et sur le talent de ce réalisateur nippon. Rendre populaire le film d’horreur à la japonaise est déjà une réussite, mais devenir la coqueluche des studios américains est un vrai
Le succès du remake de The ring en 2002 a permis à Nakata de traverser le Pacifique pour tourner la suite l’année suivante (The ring 2). Et c’est au tour de Dark Water d’être retravaillé à la sauce US, sur le principe discutable que le grand public américain ne peut pas voir autre chose que des films américains. Mais pourquoi choisir Walter Salles, réalisateur sensible et somme toute assez recommandable, auteur des très remarqués « Centra do Brasil » et « Carnets de voyages » ? Bill Mechanic, le producteur de la Touchtone, explique : « Nous cherchions quelqu'un qui soit capable de comprendre les motivations psychologiques des personnages tout en ayant la maîtrise d'un climat à part. Il fallait à la fois pouvoir valoriser l'aspect effrayant et les ressorts intimes de l'histoire. […] Je savais qu'en lui confiant la réalisation, il apporterait une élégance, une fluidité qui serviraient le propos. »
Remercions en tout cas Salles d’avoir eu l’envie (et peut-être quand même le besoin) de travailler à Hollywood, car il apporte à ce remake une touche toute personnelle. Car rassurons-nous tout d’abord : Le Dark Water de Salles n’est pas la copie carbone de son original japonais. Là où Nakata privilégie l’angoisse froide et brutale, Salles choisit d’utiliser le surnaturel pour révéler la psychologie de ses personnages, qui du même coup y gagnent en rugosité. On a donc le temps de s’identifier au personnage de Dahlia, joué par Jennifer Connely qui interprète ici une mère sur le fil du rasoir entre la raison et la folie, tentant de rassembler des morceaux de rationalité pour protéger sa fille Ceci. Il développe les personnages secondaires pour laisser parler le talent de John C. Reilly, Pete Postlethwaite et Tim Roth. Bien sûr l’esthétique générale est aussi un des grands points forts du film. Les images suintent le désespoir et l’enfermement : la tâche au plafond, l’eau noire et boueuse, l’ascenseur…Tout participe d’une ambiance de dégradation de l’extérieur (l’appartement) vers l’intérieur (des personnages). J.D.