Terre promise

Publié le par jujube

Terre promise

 Un film de Amos Gitaï

France/Israël, 2004, 1h30

Avec Anne Parillaud, Hanna Schygulla, Rosamund Pike…

Sélectionné à la Mostra de Venise 2004

 Dans le prolongement de son exploration de la société israélienne contemporaine avec des films comme Devarim (1995), Yom Yom (1998), Kadosh (1999), Kippour (2000), Amos Gitai s’intéresse dans son nouveau film à une sombre histoire d’esclavage moderne.

Une nuit dans le désert du Sinaï, au clair de lune, un groupe d'hommes et de femmes se réchauffe autour d'un feu de camp. Les femmes sont d'Europe de l'Est, les hommes sont des bédouins. Demain, ils passeront la frontière en secret et les femmes seront vendues aux enchères. Elles passeront de main en main, victimes d'un réseau international de traite des blanches.

Une nuit, dans un club, Diana fait la connaissance de Rose. Elle la supplie de l'aider. Leur rencontre est un signe d'espoir dans la descente aux enfers de ces femmes.

 

 

 

Pourquoi vouloir faire un film sur la prostitution ? Amos Gitaï veut ici rétablir des vérités qu’on a parfois trop tendance à oublier : « Le cinéma a contribué à créer une sorte d’exotisme de la prostitution.  Beaucoup de films proposent une vision très XIXe siècle des bordels et des call girls. Mais la vérité, c’est que les techniques de vente de la prostitution sont devenues aujourd’hui des mécanismes extrêmement brutaux de commerce d’esclaves. Il n’y a rien de romantique dans ce que vivent ces femmes. Dans Terre promise, je voulais montrer de façon concrète, réaliste, en quoi consistent réellement le trafic de femmes et la prostitution. »

Commencé dans la nuit, le film semble n'en jamais devoir sortir, tant les rares scènes de jour sont emplies de noirceur. Ramallah, Eilat, Haïfa : rien ne différencie ces villes entraperçues au fil d'un périple cauchemardesque. Les jeunes héroïnes sont traînées, tel du bétail, de club en club, d'humiliation en humiliation. Battues, violées, leur sort nous effraie d'autant plus que, face à lui, elles paraissent hébétées, passives… Noirceur de la mise en scène aussi : le réalisateur a choisi d’entrer dans son histoire par un dispositif réaliste. « J’ai eu besoin de deux caméras qui décrivent simultanément la même action, pour ensuite, au montage, passer d’un point de vue à un autre », cette technique crée une impression de réalité quasi documentaire ; « c’est ce côté brut qui permet de créer une sensation  d’urgence. La caméra était toujours prête à capter une sorte de nerf à vif, ça m’a fasciné ».  « Les nerfs à vif », c’est aussi ce que Gitaï cherche à obtenir comme sensation chez le spectateur. La proximité avec les personnages, la crudité des images, le montage sec et haché, ne nous  laissent aucun répit. On remarquera le talent des comédiennes qui parviennent à intérioriser cette souffrance et à la faire ressentir par tout leur corps, dans des scènes souvent très dures.

Par la force de son sujet,  ses choix de mise en scène et ses convictions politiques, Amos Gitaï plus que jamais nous donne à réfléchir une image différente d’Israël, forcément à fleur de peau mais tellement vivante. J.D.

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Publié dans MON CINEMA

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