Pas assez de volume (notes sur l'OMC)
PAS ASSEZ DE VOLUME
Un documentaire de Vincent Glenn
France, 2003,
O.M.C. trois lettres pour nommer une institution internationale dont le mandat officiel est d'arbitrer le commerce mondial. En deux chapitres, sous forme d'enquête menée par un profane, le film dresse le portrait polémique d'une instance de pouvoir dont le champ d'influence n'a cessé de s'étendre depuis sa création en 1995, et qui, depuis la bataille de Seattle en 1999, est âprement contestée.
Le film se présente comme une enquête ou plutôt une quête menée par le réalisateur. En candide, façon Michael Moore dans Roger et moi, Vincent Glenn décide de s’attaquer à l’opacité de l’organisation, dont le mandat officiel est d’arbitrer le commerce mondial.
Le premier chapitre s'interroge sur le fonctionnement de L'OMC, et part à la rencontre autant de ceux qui contestent le pouvoir et la mission de l'OMC, que de certains de ces responsables. Le réalisateur tente d'apporter quelques réponses aux questions suivantes : pourquoi, par qui et pour quels intérêts cette institution internationale at-elle été mise en place ?
Quant au second chapitre, il interroge ce qui se cache derrière le sigle mystérieux d'AGCS : l'Accord Général sur le Commerce des Services, l'un des accords fondateurs de l'OMC. Nous sommes encore peu à savoir que l'AGCS entrera en vigueur dans nos pays le 1er janvier 2005, certains disent de celui-ci qu'il achèvera la captation par des forces privées, exclusivement déterminée par les impératifs de profit, de secteurs aussi essentiels à la vie que l'eau, la santé, l'éducation, la culture. Le film nous apprend également les circonstances du secret qui entourent les négociations menées au nom de l'Union Européenne dans le cadre de l'AGCS. Le narrateur traverse, tout au long de son enquête, plusieurs mondes sur une même planète, et se livre à quelques détours à travers la musique, la photographie, le rêve ou le cauchemar, détours qui nous rappellent que le sens de la vie est irréductible à tout enfermement dans le champ de l'économie.
Mêlant des entretiens pédagogiques, des images de la vie quotidienne et des scènes surréalistes de cauchemars altermondialistes, au cours desquels le narrateur se met en scène, pris au piège d’une « société du gavage, de la surinformation », Vincent Glenn ne se prive d’aucun détour. Il veut que l’on sente combien le processus de déchiffrage auquel il se livre est susceptible de « faire péter les plombs. » Peu à peu, il dresse un portrait polémique d’une OMC déshumanisante et inquiétante, au service des puissants. J.D.