California dreamin'
California dreamin’
De Cristian Nemescu, Roumanie, 2006, 2h35
Avec Armand Assante, Jamie Elman, Razvan Vasilescu...
Prix « Un certain regard », Cannes 2007
C’est un drame qui a précédé la sortie de « Califonia dreamin’ » : la mort de son réalisateur Cristian Nemescu et de son ingénieur du son, dans un accident de voiture en août dernier, alors qu’il terminait le montage du film. Nous nous souviendrons du sourire et de la gentillesse de ce jeune cinéaste de 28 ans qui aimait la France ; qui le lui rendait bien, puisque « Marinela de la P7 », un précédent court, avait été sélectionné à la Semaine de la Critique en 2006.
Et c’est d’abord une histoire incroyable, pourtant inspirée de faits réels : en 1999, pendant la guerre au Kosovo, un train bourré d’équipements militaires envoyés par l’OTAN se dirige en urgence vers la Serbie, avec l’accord tacite des autorités roumaines. Mais arrivé dans un village frontalier, un pointilleux chef de gare immobilise le train parce que les militaires n’ont pas les papiers officiels.
Nemescu a très vite imaginé le potentiel de cette histoire : il décrit cette situation absurde avec un mélange de cynisme et de poésie, et s’intéresse de près au choc culturel que l’affaire a pu engendrer : tendus à cause des cinq jours d’attente que le malveillant suscite, les militaires voient d’un très mauvais oeil les initiatives du maire de la commune d’organiser des soirées country pour attirer les média, les insultes anti-américaines, ou les jeunes filles qui ne pensent qu’à les suivre pour fuir le village. A partir de ce simple fait-divers, il parvient à décrire au plus près la situation chaotique de la Roumanie post-communiste, mais également son attachement à ses paysages.
Au vu de la qualité de ce premier long-métrage, tout porte à croire que Cristian aurait été une des grandes révélations de ce cinéma roumain en pleine renaissance, à l’instar de son compatriote Cristian Mungiu (« 4 mois, 3 semaines, 2 jours »). « California dreamin’ » n’a pas été retouché par ses producteurs après sa mort. Le film comme on le découvre est donc tel que le réalisateur l’a laissé en quittant ce monde. Il est certain que son film, lui, ne nous quittera plus jamais.
J.D.
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