La fenêtre: théâtre sur les souvenirs

La fenêtre
De Carlos Sorin, Argentine/Espagne, 2008, 1h15
Avec Antonio Larreta, Emilse Roldán, Maria del Carmen Jimenez…
17 juin 2009
Au nord de la Patagonie, Antonio, 80 ans, attend, assis devant la fenêtre ouverte. A l’intérieur de l’hacienda, les gouvernantes s’agitent, et l’accordeur retire les soldats de plomb coincés entre les touches du piano. Loin des bruits du quotidien, le vieil homme attend le retour de son fils musicien, éloigné de lui depuis des années...
En parcourant des yeux la pellicule tranquille et volontairement minimaliste de Carlos Sorin, on est d’abord étonné de s’éloigner autant du style mouvant de ses précédentes réalisations, tels Bombon el perro et El camino de San Diego, où l’on parcourait les paysages argentins en voiture ou à pied. Ici, mise à part une courte échappée champêtre, une fenêtre ouverte sur la pampa est le seul théâtre des souvenirs (et des regrets aussi…) d’un vieil homme. Mais un théâtre apaisé, qui laisse ouvert ses rideaux sur une sérénité douce et paisible, comme un dernier voyage où on se réconcilie avec soi-même. Bien sûr, on pense aux Fraises sauvages de Bergman, auquel Sorin a souhaité rendre hommage. Les deux films partagent la même poésie attendrie sur le temps qui passe et la mort qui va bientôt emporter le personnage principal. Par conséquent, pas de musique dans le film, la bande-son de la nature illustrant à point les douces rêveries de ce (non) promeneur solitaire, dont la sagesse est une vraie leçon.
JD